Et si ton stress essayait de te montrer quelque chose ?

Serge Dumont

Tu reçois un message...

« Il faudrait qu’on se parle. »

Quelques mots...

Rien dans cette phrase ne dit qu’une mauvaise nouvelle t’attend. Rien ne dit non plus que tout va bien.

Tu ne sais pas encore.

Pourtant, quelques secondes peuvent suffire.

Ton ventre se serre. Ton esprit s’accélère.

Qu’est-ce que j’ai fait ?

Il y a sûrement un problème.

Est-ce que cette personne veut me quitter ?

Et bientôt, tu ne réagis presque plus à quatre mots sur un écran.

Tu réagis à ce qu’ils signifient pour toi.

Cette distinction paraît minuscule. Elle peut pourtant changer profondément notre manière de comprendre le stress.

Car lorsque nous sommes stressés, notre premier réflexe consiste souvent à regarder dehors :

Qu’est-ce qui ne va pas ?

Qu’est-ce que je dois régler ?

Comment faire pour que cette situation change ?

Et parfois, c’est exactement ce qu’il faut faire.

Mais il existe une autre question, beaucoup moins spontanée :

Entre les deux, ton esprit a construit quelque chose.

Une interprétation.

Puis une anticipation.

Et ton corps peut commencer à réagir à cette anticipation alors que l’événement redouté n’a pas encore eu lieu.

C’est là que le stress devient intéressant.

Non pas parce qu’il aurait toujours raison.

Mais parce qu’il peut révéler la signification que notre esprit est en train de donner à ce qui arrive.

Le stress n’est pas toujours le problème

Quand une sensation est désagréable, nous cherchons naturellement à la faire disparaître.

Avec le stress, ce réflexe peut parfois nous faire manquer une information importante.

Imagine que ton responsable t’écrive :

Notre passé participe à notre manière de lire le présent

Ton cerveau n’aborde pas chaque nouvelle situation comme s’il n’avait jamais rien vécu.

Il apprend.

Il reconnaît des ressemblances.

Il utilise ce qui s’est produit auparavant pour anticiper ce qui pourrait se produire maintenant.

C’est profondément utile.

Mais cette capacité possède aussi une limite :

Ce qui ressemble au passé n’est pas nécessairement le passé qui recommence.

Imagine que tu aies vécu plusieurs abandons ou ruptures difficiles.

Quelques années plus tard, une personne importante devient plus distante.

Le fait est réel.

Mais ton esprit peut très rapidement ajouter :

Elle s’éloigne.

Puis :

Je vais encore être abandonné.

À cet instant, tu ne réagis peut-être plus seulement à ce qui se passe aujourd’hui.

Tu réagis aussi à ce que ton histoire t’a appris à craindre pour demain.

Voilà pourquoi certaines réactions paraissent parfois disproportionnées lorsqu’on regarde uniquement la situation présente.

Nous ne réagissons pas seulement aux événements

Nous avons facilement l’impression que nos émotions sont directement provoquées par les circonstances.

Quelque chose arrive.

Nous ressentons quelque chose.

Mais entre les deux, notre cerveau accomplit un travail rapide : il évalue ce qui se passe à partir des informations disponibles.

Est-ce dangereux ?

Est-ce que je risque de perdre quelque chose ?

Est-ce que je peux faire face ?

Ces évaluations sont parfois conscientes. Souvent, elles sont tellement rapides que nous n’en remarquons que le résultat : la tension, la peur, l’envie de fuir, de contrôler ou de nous rassurer.

Cela aide à comprendre pourquoi deux personnes peuvent vivre une situation semblable et ne pas ressentir la même chose.

Un silence peut sembler banal à l’une et inquiétant à l’autre.

Une critique peut être désagréable pour l’une et profondément déstabilisante pour l’autre.

Ce n’est pas nécessairement parce que l’une est plus forte que l’autre.

Le même événement n’a simplement pas la même signification pour chacune.

Et cette signification ne vient pas de nulle part.

Une émotion est réelle, mais son interprétation n’est pas forcément un fait.

Cette distinction mérite qu’on s’y arrête.

Si tu as peur, ta peur est réelle.

Si ton ventre se noue, cette sensation est réelle.

Si ton système est en alerte, cette activation est réelle.

Mais cela ne signifie pas automatiquement que la conclusion qui accompagne cette réaction est exacte.

Tu peux réellement avoir peur d’être abandonné sans que quelqu’un soit en train de t’abandonner.

Tu peux réellement craindre de manquer d’argent sans savoir ce que sera ta situation dans six mois.

Tu peux réellement te sentir menacé par une erreur sans que cette erreur définisse ta valeur ou ton avenir professionnel.

Cela change la manière d’écouter une émotion.

Au lieu de lui demander :

Parce que le stress ne nous informe pas toujours uniquement sur ce qui se passe... Il peut aussi nous informer sur ce que nous croyons être en train de vivre.

Et parfois, sur ce que nous avons peur de vivre ensuite.

« Je risque de perdre mon emploi. »

« Qu’est-ce que mon stress est en train de me révéler sur ma manière de percevoir cette situation ? »

« Peux-tu passer me voir demain matin ? »

Tu sens immédiatement une tension.

Qu’est-ce qu’il veut ?

Puis :

J’ai sûrement fait quelque chose de travers.

Et peut-être, quelques secondes plus tard :

Mon emploi est menacé.

Regarde le déplacement.

Le fait est... Ton responsable souhaite te rencontrer demain.

Ton expérience intérieure est déjà devenue :

Le présent n’est peut-être pas la seule chose à laquelle nous réagissons.

Derrière le stress, il y a parfois une peur plus profonde

Prenons une dépense imprévue.

La situation peut objectivement être difficile.

Mais observe les différentes couches qui peuvent apparaître :

Le fait :
Une dépense de 800 dollars vient d’arriver.

L’interprétation :
Je n’arrive jamais à garder le contrôle de mes finances.

L’anticipation :
Je vais manquer d’argent.

Et derrière cette anticipation :

La peur :
Je ne serai pas en sécurité.

À ce moment-là, ton stress ne parle peut-être plus seulement de 800 dollars.

Il touche à quelque chose de beaucoup plus intime : ta sécurité.

Dans une relation, le même mouvement peut se produire.

Cette personne répond moins souvent.

devient :

Elle s’éloigne.

puis :

Elle va me quitter.

Et derrière :

Je vais me retrouver seul.

Ou au travail :

J’ai fait une erreur.

devient :

On va penser que je suis incompétent.

puis :

Je vais perdre la confiance des autres.

Et derrière :

Peut-être que je ne suis pas à la hauteur.

C’est ici que le stress peut devenir une information précieuse.

Il ne nous indique pas nécessairement ce qui va arriver... Il peut nous révéler ce dont nous avons profondément peur qu’il arrive.

« Qu’est-ce que tu sais sur la réalité ? »

nous pouvons parfois lui demander :

« Qu’est-ce que tu me révèles sur la manière dont je suis en train de vivre cette réalité ? »

Le stress cesse alors d’être un verdict... Il devient une piste.

Quand le passé devient une prédiction

Une expérience difficile ne reste pas toujours en nous sous la forme d’un simple souvenir.

Elle peut laisser un apprentissage.

Après plusieurs rejets :

« Fais attention. Ne t’attache pas trop. »

Après une période de précarité :

« Tout peut disparaître. »

Après avoir été humilié pour ses erreurs :

« Ne te trompe surtout pas. »

Ces apprentissages ont parfois eu une fonction. Ils ont essayé de nous protéger.

Mais une compréhension qui a été utile autrefois peut continuer à fonctionner dans une situation qui n’est plus la même.

Notre passé peut alors orienter ce que nous remarquons, l’importance que nous lui accordons et ce que nous anticipons.

Une ancienne peur se glisse dans une situation nouvelle.

Et elle peut le faire si discrètement que nous ne la reconnaissons plus comme une peur.

Nous l’appelons simplement :

«La Réalité »

Quand une possibilité devient une certitude

Il existe une différence considérable entre :

« Il pourrait me quitter. »

et :

« Il va me quitter. »

Entre :

« Cette situation financière m’inquiète. »

et :

« Je ne m’en sortirai jamais. »

Entre :

« Ce projet pourrait échouer. »

et :

« Je suis quelqu’un qui échoue. »

Dans la première formulation, il existe encore de l’incertitude... Dans la seconde, le futur semble déjà écrit.

Et c’est peut-être là que notre souffrance augmente considérablement : lorsque notre esprit transforme une possibilité redoutée en conclusion.

Nous pouvons alors essayer de nous rassurer avec une pensée positive :

Tout va bien se passer.

Mais si nous n’y croyons pas, elle risque d’avoir peu d’effet.

Il existe une voie plus simple.

Ne pas chercher une pensée plus positive, mais plutôt chercher une pensée plus exacte.

Au lieu de :

« Je vais échouer. »

essayer :

« Je ne sais pas encore comment cela va évoluer. »

Au lieu de :

« Il va me quitter. »

essayer :

« Je crois que j’ai peur qu’il me quitte. Je ne sais pas encore ce que signifie son comportement. »

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais quelque chose vient de changer... L’avenir est de nouveau ouvert.

Tout stress ne cache pas nécessairement une blessure

Il serait facile maintenant de tomber dans l’excès inverse et de chercher une blessure profonde derrière chaque tension.

Ce serait une erreur.

Tu peux être stressé parce que tu es fatigué.

Parce que tu as trop de choses à faire.

Parce qu’un conflit réel demande ton attention.

Parce que ta situation est réellement difficile.

Parce que tu manques de sommeil.

Ou simplement parce qu’un événement important approche.

Tout n’est pas un traumatisme.

Toute émotion n’a pas besoin d’être analysée.

Mais lorsqu’une réaction revient régulièrement, semble particulièrement intense ou conduit toujours aux mêmes conclusions, elle peut mériter un peu de curiosité.

Pas :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Mais :

« Qu’est-ce que cette réaction me montre peut-être sur ma façon de percevoir ce qui arrive ? »

Une expérience simple pour écouter autrement ton stress

La prochaine fois que tu sens le stress monter, tu peux essayer de ne pas chercher immédiatement à le supprimer.

Prends quelques instants et distingue quatre choses.

1. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?

Reste au plus près des faits.

Il n’a pas répondu depuis hier.

J’ai reçu un refus.

J’ai commis une erreur.

2. Qu’est-ce que je crois que cela signifie ?

Il se désintéresse de moi.

Je ne suis pas assez bon.

Je suis en train de perdre le contrôle.

Ne cherche pas immédiatement à corriger cette pensée. Observe-la.

3. De quoi ai-je peur qu’il arrive ?

D’être rejeté.

De manquer.

De décevoir.

De me retrouver seul.

Puis, si la question semble pertinente :

« Est-ce une peur que je connais déjà ? »

Tu n’as pas besoin de retrouver son origine.

Reconnaître qu’elle est familière peut déjà changer ta relation avec elle.

4. Qu’est-ce qui appartient au présent et qu’est-ce que je suis en train de prédire ?

Cette dernière question permet de remettre une frontière là où le stress avait parfois tout mélangé.

Puis demande-toi :

« Qu’est-ce qui dépend réellement de moi maintenant ? »

Peut-être agir.

Demander une information.

Poser une limite.

Préparer quelque chose.

Attendre d’en savoir davantage.

Ou simplement éviter de prendre une décision pendant que ton esprit est déjà plusieurs jours, plusieurs mois ou plusieurs années dans le futur.

Ton stress peut contenir une information sans avoir le dernier mot

Nous cherchons souvent à nous débarrasser de nos émotions désagréables.

Peut-être pouvons-nous parfois faire autre chose.

Les écouter suffisamment pour comprendre ce qu’elles révèlent, sans leur confier le pouvoir de décider ce qui est vrai.

Parce que derrière :

« Je suis stressé »

se trouve parfois :

« Voilà comment je suis en train d’interpréter ce qui m’arrive. »

Et derrière cette interprétation :

« Voilà ce que j’ai peur qu’il arrive. »

Et parfois, encore un peu plus loin :

« Voilà quelque chose que mon histoire m’a appris à redouter. »

Alors, la prochaine fois que le stress apparaîtra, peut-être que la première question ne sera plus seulement :

« Comment faire pour que ça s’arrête ? »

Mais :

« Qu’est-ce que mon stress est en train de me montrer sur ma manière de vivre cette situation ? »

Puis une seconde :

« Est-ce ce qui se passe aujourd’hui… ou est-ce aussi ce que mon passé m’a appris à craindre pour demain ? »

Le stress ne détient pas nécessairement la vérité...

Mais il peut parfois nous montrer où notre regard a besoin de devenir un peu plus clair.

Ces thèmes sont approfondis dans mes livres de développement personnel et d’auto-thérapie.

Cette réflexion s’inscrit également dans la vision présentée dans ma Philosophie éditoriale.

De plus, pour mieux comprendre le parcours qui nourrit ces écrits, vous pouvez lire Mieux me connaître.

Serge Dumont, Psychosociologue
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