
Le silence intérieur te fait-il encore peur ?
Serge Dumont


Il existe une question que nous nous posons rarement...
Pas lorsque nous sommes seuls.
Pas lorsque nous sommes fatigués.
Simplement lorsqu'il n'y a plus rien à regarder, rien à écouter, rien à faire pendant quelques minutes.
La plupart d'entre nous connaissent déjà la réponse.
Sans même nous en rendre compte, nous prenons notre téléphone.
Nous ouvrons une application.
Nous mettons de la musique.
Nous lançons un balado.
Nous répondons à un message.
Nous trouvons quelque chose à faire.
Et si rien ne se présente, notre esprit s'en charge lui-même.
Il repasse une conversation.
Il prépare demain.
Il imagine différents scénarios.
Il saute d'une idée à l'autre.
Comme s'il refusait obstinément de rester immobile.
Que se passe-t-il lorsque plus rien ne vient occuper notre attention ?
Pendant longtemps, j'ai cru que cela signifiait que nous avions peur du silence.
Aujourd'hui, je crois que cette idée est incomplète.
Le silence n'est peut-être pas l'absence de bruit
Nous associons souvent le silence à un environnement calme.
Une pièce tranquille.
Une forêt.
Une bibliothèque.
Pourtant, tu as probablement déjà vécu l'expérience inverse.
Te promener en pleine nature, entouré du vent, des oiseaux et du bruit d'une rivière, tout en ressentant un profond silence intérieur.
Et, à l'inverse, te retrouver seul dans une maison parfaitement silencieuse... avec un esprit incapable de s'arrêter.
Cela révèle quelque chose d'important...
Le silence n'est pas seulement une question de décibels.
C'est une manière d'être présent à ce qui se passe en Soi.
Autrement dit, le contraire du bruit n'est pas toujours le silence… C'est parfois l'écoute.
Nous sommes devenus très habiles à éviter les espaces vides
Il ne s'agit pas d'un défaut.
Encore moins d'un manque de volonté.
C'est une habitude que nous avons développée presque sans nous en rendre compte.
Observe une journée ordinaire.
Tu attends quelques minutes avant un rendez-vous.
Tu prends ton téléphone.
Tu montes dans la voiture.
Tu mets de la musique.
Tu cuisines.
Tu écoutes quelque chose.
Tu marches.
Tu consultes tes messages.
Ces gestes sont devenus tellement naturels qu'ils semblent presque invisibles.
Ils ne sont pas mauvais.
La musique peut nous émouvoir.
Un balado peut nous apprendre quelque chose.
Les technologies nous rendent de précieux services.
Le problème n'est donc pas leur existence...
Le problème apparaît lorsqu'elles remplissent systématiquement chaque espace libre.
Comme si le vide était devenu une erreur à corriger.
Une civilisation qui ne laisse plus beaucoup de place au silence
Pendant la plus grande partie de l'histoire humaine, les moments où il ne se passait rien faisaient naturellement partie de la vie.
On marchait longtemps.
On attendait.
On observait.
On laissait une pensée se développer jusqu'au bout.
Aujourd'hui, quelques secondes suffisent pour faire disparaître ce vide.
Il y a toujours quelque chose à consulter.
Quelque chose à écouter.
Quelque chose à produire.
Nous sommes probablement la première génération capable de supprimer presque chaque instant d'attente.
Ce changement paraît anodin.
Je ne crois pas qu'il le soit.
Car les espaces vides avaient une fonction.
Ils permettaient parfois d'assimiler une journée.
De laisser retomber une émotion.
De réfléchir.
De créer.
De ne rien faire.
Et il est possible que nous découvrions seulement maintenant ce que leur disparition change dans notre vie intérieure.
Ce n'est peut-être pas le silence que nous évitons
On entend souvent dire :
« Tu as peur d'être seul avec toi-même. »
Peux-tu encore choisir ?
Cette phrase contient une part de vérité… Mais elle me semble trop rapide.
Je crois qu'il se passe autre chose.
Imagine un lac dont la surface est constamment agitée...
Tu ne vois pas le fond.
Puis le vent tombe.
Le lac n'ajoute rien.
Il cesse simplement de cacher ce qui était déjà là.
Le silence agit souvent de la même manière.
Il ne crée ni nos inquiétudes, ni nos questions, ni nos émotions.
Il retire progressivement ce qui occupait toute notre attention.
Et certaines réalités redeviennent alors perceptibles...
Une fatigue que nous repoussions depuis des semaines.
Une décision que nous évitons.
Une relation qui ne nous ressemble plus.
Une tristesse qui attend depuis longtemps d'être reconnue.
Une envie de créer que nous remettons toujours à plus tard.
Le silence ne fait pas apparaître ces choses... Il cesse simplement de les recouvrir.
Le cerveau n'aime pas le vide
Cette réaction possède aussi une explication très simple.
Notre cerveau est un formidable détecteur d'informations.
Lorsqu'il n'a plus de tâche extérieure à accomplir, il continue naturellement son travail.
Il revisite le passé.
Il prépare l'avenir.
Il cherche des solutions.
Il imagine des scénarios.
Il essaie de donner du sens à ce que nous vivons.
Autrement dit, lorsque tu t'assieds en silence et que ton esprit s'agite, cela ne signifie pas que tu échoues.
Tu observes simplement ton cerveau en train de faire ce qu'il sait faire.
Cette compréhension change beaucoup de choses.
Elle remplace le jugement par la curiosité.
Au lieu de penser :
« Je suis incapable de rester en silence. »
Tu peux commencer à te demander :
« Qu'est-ce que mon esprit essaie de résoudre en ce moment ? »
La question est beaucoup plus féconde.
Tout inconfort n'est pas une blessure
J'aimerais ajouter une nuance importante.
Le développement personnel laisse parfois croire que chaque malaise cache un traumatisme ou une souffrance profonde.
La réalité est souvent plus simple...
Parfois, le silence nous révèle seulement que nous sommes fatigués.
Ou que nous avons besoin de ralentir.
Ou que nous nous sommes éloignés de ce qui compte vraiment pour nous.
Parfois aussi, il ne révèle rien de particulier.
Et c'est très bien ainsi.
Il n'est pas nécessaire de chercher une signification cachée derrière chaque émotion.
Le silence n'est pas un détecteur de blessures… C'est un espace où certaines réalités peuvent enfin être entendues lorsqu'elles existent.
Retrouver la liberté de choisir
Il ne s'agit pas de vivre sans musique, sans téléphone ou sans distractions.
Il ne s'agit pas davantage de transformer le silence en nouvelle obligation.
L'enjeu est beaucoup plus simple...
Choisir d'écouter un balado parce que tu en as envie.
Ou choisir de marcher quelques minutes sans rien écouter.
Choisir de regarder un film avec plaisir.
Ou choisir de laisser une soirée tranquille exister sans chercher immédiatement à la remplir.
La liberté ne consiste pas à supprimer les distractions… Elle consiste à ne plus en dépendre.
Une expérience
Je ne vais pas te proposer un défi de trente jours.
Je préfère une expérience beaucoup plus modeste.
Aujourd'hui, prends «cinq minutes».
Assieds-toi quelque part où tu ne seras pas dérangé.
Ne cherche pas à méditer.
Ne cherche pas à calmer ton esprit.
Observe simplement ce qui se passe.
Et chaque fois que tu ressens l'envie de prendre ton téléphone, de te lever ou de faire autre chose, pose-toi une seule question :
Qu'est-ce que j'espérais éviter pendant les trente prochaines secondes ?
N'attends pas une grande révélation.
Parfois, la réponse sera :
« Rien... C'est juste une habitude. »
Parfois, tu découvriras une inquiétude.
Une fatigue.
Une impatience.
Ou simplement le besoin de bouger.
Quelle que soit la réponse, accueille-la avec curiosité.
Peut-être que le silence ne te demande rien
Nous passons beaucoup de temps à écouter le monde.
Les attentes des autres.
Les nouvelles.
Les notifications.
Les obligations.
Les urgences.
Tout cela occupe naturellement notre attention.
Mais il existe une voix qui finit parfois par devenir presque inaudible.
La nôtre.
Pas celle qui critique.
Pas celle qui compare.
Pas celle qui anticipe.
L'autre.
Celle qui reconnaît une limite avant l'épuisement.
Un besoin avant qu'il ne devienne un manque.
Une joie avant qu'elle ne soit repoussée à plus tard.
Le silence n'est ni un refuge ni une épreuve… C'est un rendez-vous.
Peut-être qu'au fond, le silence ne te fait pas peur.
Peut-être qu'il ne te demande même rien.
Libre à toi de le repousser encore... ou de découvrir enfin pourquoi il t'attendait depuis si longtemps.
« Nous croyons que le silence est vide. En réalité, c'est souvent le premier endroit… où nous cessons enfin de nous fuir. »







Ces thèmes sont approfondis dans mes livres de développement personnel et d’auto-thérapie.
Cette réflexion s’inscrit également dans la vision présentée dans ma Philosophie éditoriale.
De plus, pour mieux comprendre le parcours qui nourrit ces écrits, vous pouvez lire Mieux me connaître.
